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Une intervention énergique de la troupe est parvenue à en circonscrire l’ampleur, après des heures d’affrontements. En fin de soirée, des bennes à ordure achevaient de se consumer avec un retour relatif au calme et un déploiement massif de la troupe dans le secteur.
Le Premier ministre, Fouad Siniora, redoutant les retombées de ces violences sur des esprits déjà surchauffés, décrétait à la fois une journée de deuil national, pour les victimes de ces violences, et une fermeture des écoles et universités.
De son côté, le Courant patriotique libre a publié un communiqué dénonçant ces émeutes et réclamant l’ouverture d’une enquête pour en déterminer les circonstances.
Le 14 Mars, pour sa part, a fait assumer l’entière responsabilité de ce qui s’est produit à l’opposition. Le chef des Kataëb, Amine Gemayel, a lancé en cours de soirée un appel au calme et au sang-froid.
Provocations
Selon des sources fiables, les manifestations, qui avaient pris pour prétexte les coupures prolongées du courant, ont commencé à dégénérer quand des manifestants se sont approchés du seul VTT qui se trouvait au croisement de Mar Mikhaël et ont tenté de désarmer les soldats.
Pris de court par ces actes d’hostilité totalement gratuits, les soldats n’ont eu d’autre choix que d’appliquer les ordres, en pareil cas, et de faire usage de leurs armes.
En réponse à ces tirs de sommation, des hommes armés ont ouvert le feu sur les soldats, ont affirmé des témoins et des sources au sein des services de sécurité. Les soldats, ajoutent ces sources, ont riposté. Selon les images de télévision, certains manifestants étaient munis de bâtons et de barres métalliques et d’autres étaient armés.
L’armée a également fait face à des francs-tireurs qui se trouvaient sur les toits. Détail troublant, selon des sources hospitalières citées par la NTV, plus d’une victime portait les traces d’une balle en plein cœur. Parmi les blessés, un certain nombre touchés par des balles aux jambes, d’autres de balles aux bras ou au dos.
« Quatre militants du Hezbollah ont été tués dans les manifestations et un membre d’Amal ainsi que trois civils », a affirmé un responsable d’Amal qui a requis l’anonymat, en cours de soirée. Mais le bilan devait s’alourdir par la suite.
Selon un communiqué de l’armée, l’une des victimes, Ahmad Hamza Hamza, du mouvement Amal, a été tué alors qu’il cherchait à calmer les manifestants. Les autres victimes connues sont : Mahmoud Hayek, Ahmad Ali Ajouz, Moustapha Amhaz, Mahmoud Mansour, Youssef Choukair et un secouriste, Jihad Mounzer.
L’armée a indiqué dans un communiqué avoir ouvert une enquête pour connaître les circonstances des incidents et identifier les responsables des tirs.
Tout laisse croire, en fait, que des provocateurs se sont glissés parmi les manifestants, qui se sont employés, la soirée durant, à relancer la violence, chaque fois qu’elle commençait à retomber. Un grand nombre d’entre eux ont été arrêtés et emmenés sans ménagement par la troupe, tandis que les ambulances évacuaient les blessés.
L’escalade de la violence a donné lieu à une guérilla urbaine livrée à la troupe par des jeunes à pied ou à motos, qui circulaient d’un quartier à l’autre, barrant certains axes avec des pneus enflammés, avant de décrocher pour recommencer plus loin.
Incursion à Aïn el-Remmaneh
Sourds aux appels au calme du Hezbollah, indifférents aux appels au calme lancés par la troupe, les émeutiers ont étendu leurs provocations au quartier à prédominance chrétienne de Aïn el-Remmaneh, dans le secteur des minoteries (Matahen), où une foule de militants exaltés a pénétré, drapeau jaune en tête, hurlant des slogans et des insultes à l’adresse de certains leaders chrétiens. Ils ont ensuite lancé une grenade à main sur une foule de jeunes et d’hommes descendus des appartements ou accourus, aux cris stridents lancés par des femmes apeurées. Bilan : sept blessés, dont deux sérieusement atteints. Les blessés sont Georges Nammour, Élie Khachan, Élie Nakhlé, Joseph Matar, Mario Touma, Joseph Khatar et Gilbert Hobeiche.
La ligne séparant Chiyah de Aïn el-Remmaneh a ensuite été rendue étanche par l’armée, qui s’y est déployée en force.
Tache d’huile
Suivant l’exemple de leurs camarades, des manifestants ont amorcé des actions similaires dans d’autres régions du Liban : à Baalbeck, dont l’entrée nord a été un instant coupée, à Nabatiyeh et Sarafand. Mais l’armée a rapidement mis fin à ces désordres.
À Beyrouth, l’ancienne route de l’aéroport et le quartier Mar Élias ont été le théâtre de scènes d’émeutes. La route de l’aéroport a été, un instant, coupée à la circulation par des manifestants qui y ont enflammé des pneus. Mais le gros de l’action s’est concentré sur la région de Mar Mikhaël-Galerie Semaan.
Le député Ali Hassan Khalil, du mouvement Amal, a démenti tout lien de son mouvement avec les rassemblements. « La situation doit être contrôlée, nous appelons tous les gens à rentrer chez eux », a déclaré à la télévision le député.
Un porte-parole du Hezbollah a indiqué que son mouvement avait aussi appelé les manifestants au calme. Toutefois, un responsable des services de sécurité a affirmé que les manifestations pourraient s’étendre dans les jours à venir.
« Seuls les hommes politiques peuvent décider de retenir leurs partisans ou de leur donner le feu vert pour semer le chaos, a-t-il dit sous le couvert de l’anonymat. Tout porte à croire qu’il y aura une escalade et que ces manifestations seront notre pain quotidien. »
L’EDL a publié un communiqué assurant que la distribution du courant électrique se fait dans la plus parfaite équité entre toutes les régions, et que le motif invoqué pour déclencher le mouvement de protestation – une coupure prolongée du courant – est infondé.















